32 ans, tout fout le camp

32 ans, tout fout le camp

32 ans, tout fout le camp

A l’aube de mes 32 ans, je décide de tout plaquer : mon taf, mon mec, mon pays pour m’essayer au bonheur. C’est quand le bonheur disait Cali… Y a t-il un âge pour ça ? Mais surtout c’est quoi ?

Je ne sais toujours pas vraiment ce que c’est mais je sais ce qui s’en éloigne. Et les souffrances intellectuelles et émotionnelles dans lesquelles j’étais plongée depuis bien trop longtemps ont fini par avoir raison de moi. J’ai donc fait le pari de risquer de le trouver.

Partir c’est la possibilité de relancer les dés, de prendre son destin en main et de ne pas subir une vie qu’on n’a pas choisie. Une vie qui s’est installée insidieusement et discrètement sans même qu’on la remarque et qui nous ronge de l’intérieur.

Cela n’a pas été facile de franchir le pas puis de me frayer un chemin dans cette foule sentimentale infernale mais c’était le prix à payer de la liberté, c’était la promesse d’autre chose.

Reculer pour mieux sauter ? Partir pour mieux revenir ?

reculer pour mieux sauter, partir pour mieux revenirQuitter mon travail n’a été qu’une formalité. Quitter mon homme, en revanche, a été la décision la plus difficile que je n’ai jamais eu à prendre : un déchirement profond, un cataclysme puissant, une violence inouïe. De toutes mes ruptures, ça a été de loin la plus douloureuse même si, cette fois-ci, j’en étais l’instigatrice.

Je n’étais pas épanouie mais j’étais profondément amoureuse. Je suis restée par facilité, par habitude, par attachement, par obstination, par envie d’y croire jusqu’au bout… Et j’ai été jusqu’au bout, jusqu’au dernier souffle.

Du courage, il en faut pour mettre fin à une relation de six ans. De l’eau a coulé sous les ponts et des larmes sur nos mentons. Je devais dire adieu à mon ami, mon confident, mon amant, mon amoureux… Je devais abandonner mon autre, ma moitié… mon univers. Je devais renoncer à nos projets de vie, à l’idée d’être la mère de ses enfants, à l’idée même de fonder une famille peut-être.

Partir à 32 ans n’est pas simple car on est à un tournant et ça l’est encore moins pour une femme avec toute cette pression sociale. Partir à cet âge c’est prendre le risque de louper le coche d’une vie de famille, de ne pas rencontrer la bonne personne à temps. Mais faire des enfants alors que tu sens déjà que la relation est bancale et rester par peur, par dépit, ce n’est pas mieux.

J’ai eu beaucoup de mal à partir, puis j’ai eu du mal à maintenir le cap de la rupture. C’était comme un déni de rupture et son accouchement a été long et douloureux. Il y a eu neuf mois de yoyo amoureux, de tortures affectives, de va-et-vient je t’aime moi non plus, ce qui a rendu les choses encore plus difficiles pour nous deux. Je l’ai fait souffrir énormément, je l’ai détruit et moi avec. Même si mon voyage n’était pas entièrement lié, il arrivait à point pour mettre la distance nécessaire et nous permettre de consommer pleinement la rupture, de consumer la relation.

C’est parfois celui qui part qui reste sur le quai…

C'est parfois celui qui part qui reste sur le quaisUne fois bien partie, j’ai pu profiter de cette « liberté » retrouvée. J’ai fait mes quelques expériences plus ou moins concluantes, plus ou moins foireuses.

Et puis un jour tu rentres en France. Six mois plus tard, tu te réveilles d’un coma artificiel et là tu prends une claque. Il t’a remplacé… Et il a eu raison mais tu prends une claque pareil. Un mal pour un bien, c’est ce qu’on dit dans ce genre de cas et c’est pas faux, c’est même super vrai car rien n’a changé et rien n’aurait changé. Mais sur le moment il faut quand même le digérer. Je crois que je suis partie avec cette idée un peu folle, voire même stupide que ce n’était pas fini pour toujours. Peut-être pour me rassurer car dans le fond, je savais bien qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible.

Tu te rends compte que toi tu n’as pas évolué. Tu n’as pas vraiment aimé, tu n’as pas été aimée mais pire… tu es éteinte, en veille, en inertie. Tu constates que durant tout ce temps, il était toujours là quelque part planqué dans le décor, qu’il ne t’a jamais vraiment quittée.

Tu réalises que les blessures de la relation sont plus profondes et que tu n’en es pas sortie indemne du tout. Tout le monde me disait que c’était l’histoire de quelques mois, le temps de s’habituer, le temps de prendre ses marques. Tout le monde me disait que j’étais belle, épanouie, que la rupture ou le célibat m’allait si bien. Mais putain, s’ils savaient qu’à l’intérieur c’était le tsunami. Que derrière cette apparence légère et joyeuse se cachaient une solitude, une tristesse profonde, que je me sentais incroyablement nulle et inutile. Tu passes des rires aux larmes, des envies de conquérir le monde aux envies de conquérir ton lit. Tu vis dans cet ascenseur émotionnel dont tu n’as pas les commandes.

Je me sentais tellement vide, j’avais perdu mon essence, mon moteur. Une chose est sûre, j’y avais laissé plus que des plumes ; des pétales, mon cœur, mon âme… ma plume ! Je n’écrivais plus mais je cogitais beaucoup, beaucoup trop et je ressassais aussi.

Tu as envie d’y croire à nouveau pour de mauvaises raisons. Et tu te demandes, est-ce judicieux d’abandonner tout de suite ? Est-ce que je ne devrais pas me battre pour lui ? Et d’un élan romanesque tout faire pour le reconquérir ? Tu penses en vain à mille scénarios, tous plus romantiques ou pathétiques, tous plus ingénieux ou poétiques… Et finalement il n’y en a qu’un seul que tu retiens… le sien. C’est le seul qui fasse loi, le seul qui fasse foi. Alors trace ta route et ne te retourne pas (« Pars, pars très loin et ne reviens jamais ») ! Tu n’as pas fait tout ça pour rien et surtout n’oublie pas pourquoi tu es partie. Le plus dur c’est de se frayer son chemin, de réapprendre à vivre SEULE mais c’est aussi ce qu’il y a de plus jouissif, c’est ce qui m’a portée, c’est ce qui m’a animée.

« Qui est guidé par une étoile ne regarde jamais en arrière » mais c’est à toi de trouver ton étoile intérieure et de ne pas attendre quelqu’un pour te sauver.

Tu vas en chier mais tu vas kiffer

Bref ouais tu vas en chier enfin moi j’en ai chié mais je n’ai pas de regret et n’en ai jamais eu même dans les périodes de vide intersidéral. Après tout je l’ai voulu, je l’ai eu.

De la désillusion au rêve : mettons un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Réapprendre à aimer ou même à faire des rencontres n’est pas évident. Tu réalises aussi que tu n’as plus vingt ans et que les relations entre hommes et femmes sont légèrement différentes.

Entre les handicapés chroniques du sentiment, les pervers narcissiques, les tordus du cul, les désabusés désenchantés, les papas qui cherchent une nouvelle maman… c’est dur de faire son choix. Et finalement tu te rends compte que tu n’es pas mieux avec tes peurs et tes exigences et que tout le monde se trimbale ses casseroles et ses désillusions à la con. Sans compter sur les nouvelles applications de dating qui, bien souvent, dénaturent et déshumanisent joliment les rencontres.

Place au Tinder surprise : on est sur de la relation kleenex, de la séduction chiffon, sans préavis, sans charme, sans magie. On matche mais on ne se parle pas. On se charme mais on ne se séduit pas. On se rencontre mais on ne partage pas. On accroche mais surtout on ne s’accroche pas.

Je me remémore d’ailleurs avec délices certaines phrases d’approche : « Plutôt dominante ou dominée ? », « Wish I wasn’t a horny prick », « Tu baises-tu ce soir ? » (je termine avec la version québécoise qui a au moins le mérite de me faire rire, remarque les autres aussi). Qu’importe si cela dure une nuit ou un bout de vie, j’ai juste envie de retrouver un semblant de poésie. « C’est-tu » possible ?

Mais heureusement dans le lot, tu fais quand même de belles rencontres, qu’elles aboutissent ou non, elles te font un peu voyager, rêver et tu commences à entrevoir la possibilité de retomber amoureuse.

Don’t worry, be happy

tu vas en chier mais tu vas kifferAu final comme dans X-files, la vérité est ailleurs. Il faut d’abord apprendre à vivre seule, apprendre à être en paix avec soi-même, apprendre à s’aimer avant d’espérer quoi que ce soit de sain. Apprendre à « désaimer » et à « réaimer » en sera la résultante et se fera naturellement.

Etre seule c’est en réalité une extraordinaire chance d’avoir du temps pour soi, pour se retrouver, pour faire des choses qui ont du sens, faire ses expériences. C’est laisser place à la créativité, à l’imprévu. On est face à soi-même et ça fait peur au début parce que bien souvent on n’a pas l’habitude. Beaucoup de personnes se mettent et restent ensemble par confort plus que par envie. Etre avec quelqu’un c’est aussi se cacher derrière l’autre, se reposer dessus et ne pas se questionner. On s’oublie et on refuse de s’écouter.

Etre seule c’est l’opportunité de pouvoir se réinventer, de pouvoir se découvrir des passions, de pouvoir s’envoler. Encore faut-il en avoir envie mais le jeu en vaut la chandelle. Et ce n’est que comme cela, à mon sens, que l’on peut semer les graines d’une vie plus sereine et plus équilibrée. Mais pour cela il faut être acteur de son destin. Ne pas attendre de l’autre qu’il soit notre pansement, mais le voir plutôt comme une valeur ajoutée, quelqu’un avec qui on a envie de s’élever, de construire quelque chose parce que ça fait sens.

Aujourd’hui, plus de deux ans après, je me sens apaisée. Je me suis sentie pousser des ailes, je me suis lancée dans des projets un peu fous, j’ai vécu des choses incroyables, j’ai savouré chaque instant.

Est-ce que je rencontrerai quelqu’un qui saura me faire vibrer à nouveau ? Je pense que oui. Est-ce que je louperai le coche d’une vie de famille avec des enfants ? Peut-être mais pour moi ce n’est pas une fin en soi, c’est un projet à deux, ce sont une vision et une envie communes. Je suis persuadée que les choses n’arrivent pas pour rien et qu’il vaut mieux être heureux tout seul que malheureux à deux.

S’il y a juste un message que je voudrais faire passer, c’est de ne pas rester en couple par dépit ou parce qu’on a peur d’être seul ou de ne pas trouver mieux car on mérite mieux et ils/elles méritent mieux.

On aspire tous au bonheur et si le capturer était plus simple qu’on ne pense, si c’était aussi simple que ça : capturer un moment, un sourire, un échange ?

Morgane Viguet

Passionnée d’écriture et de voyage, de découverte et de partage, Morgane aime apprendre et explorer en permanence, découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux espaces, de nouvelles façons de réinventer le monde qui nous entoure. Résolument curieuse, elle s’intéresse à des sujets très variés, allant de la culture à l’innovation, en passant par les ressources humaines et l’entrepreneuriat. Ancienne étudiante en histoire du genre, Morgane a toujours porté un regard particulier aux problématiques hommes/femmes. Tombée dans le Web autour d’un (heureux) hasard, la toile s’avère être un fabuleux espace de fouille, de recherche, d’échange et de créativité rendant possible une mutation des genres et des pratiques socio-culturelles. Informer, surprendre, enchanter, créer, co-créer… à l’heure de l’Open source, de l’économie collaborative, le champ des possibles est infiniment grand. Un tantinet aventurière, Morgane aime relever des défis et se dépasser. Avec son projet MétamorFaiseurs, elle est partie à la rencontre d'ambassadeurs du changement dans le monde autour de l'éducation, l'égalité homme/femme et l'environnement et se lance dans la réalisation d'un webdocumentaire. MétamorFaiseurs : un monde en mutation, des Faiseurs en action !