Coline Debayle, l’entrepreneure qui parie sur la culture pour préparer l’avenir.

Coline Debayle, l’entrepreneure qui parie sur la culture pour préparer l’avenir.

Coline Debayle, l’entrepreneure qui parie sur la culture pour préparer l’avenir.

Coline Debayle, 27 ans, a fondé Artips il y a quatre ans alors qu’elle était encore étudiante. Elle est aujourd’hui à la tête d’une des startups les plus dynamiques de la culturetech, qui crée des contenus culturels ludiques et décomplexants envoyés sous forme d’anecdotes décalées dans une newsletter, passée de 1 000 à 500 000 abonnés. Elle développe actuellement son offre corporate, afin de diffuser au plus grand nombre la culture générale et ses bienfaits softskills en entreprise.

WoMen’Up. Comment te présenterais-tu en quelques mots ?

Coline Debayle. Je m’appelle Coline, j’ai 27 ans, et j’ai fondé Artips il y a quatre ans. Je suis fille de professeurs dans le Sud de la France. Je suis allée à Paris pour faire Sciences Po, j’ai voyagé aux Etats-Unis en troisième année, et j’ai ensuite fait HEC. J’ai créé ma boite quand j’étais encore étudiante.

WMup. Aller aux USA t’a donné cet esprit entrepreneurial ?

CD. J’ai connu l’écosystème là-bas. On commençait tout juste à y être sensibilisés à Sciences Po, alors qu’à HEC on l’était déjà beaucoup. J’y ai rencontré beaucoup d’entrepreneurs qui me ressemblaient, des gens qui m’ont montré que c’était possible, que cela pouvait me concerner.

WMup. Tu as en effet pu dire par le passé que tu ne pensais pas l’entreprenariat compatible avec ta personnalité avant de te lancer dans Artips, pourquoi ? Quels freins te mettais-tu ?

CD. Je n’avais pas beaucoup de modèles d’entrepreneurs jeunes sur qui me baser, ou alors ceux que j’avais ne correspondaient pas du tout à l’idée que je m’en faisais. Je pense aussi que je n’adorais pas forcément le risque, je n’étais pas risk taker absolu, mais j’ai compris qu’il y avait autant de profils d’entrepreneurs que d’entrepreneurs. J’avais besoin de comprendre tout cela pour me dire que je pouvais y aller. J’ai donc fait ce startup week-end pour rigoler, et petit à petit j’ai découvert que cela m’allait bien. Mais je n’aurais pas misé un centime dessus avant. D’ailleurs, heureusement qu’on ne m’avait pas dit tout ce que j’allais traverser au moment où j’ai créé Artips, car je pense que je n’aurais jamais dit oui, alors qu’aujourd’hui je ne regrette pas une seconde. On apprend  à faire face aux problèmes en grandissant. Résoudre les problèmes devient un jeu.

WMup. Il y a un sujet qu’on aborde beaucoup quand il s’agit de jeunes générations, c’est l’équilibre vie pro / perso. On sait que cet équilibre souffre au lancement d’une startup, comment fais-tu pour le maintenir ? Quels sont tes « tips » pour rester motivée ?

CD. Quand tu crées ta boite, tu as l’avantage de n’avoir jamais l’impression de travailler, et l’inconvénient majeur de prendre cinq fois moins de vacances que tout le monde, car tu as une charge de travail énorme. Donc tu es plus libre, mais tout dépend de toi.

Il y a aussi l’idée de construire son propre terrain de jeu. Jean (son associé) et moi sommes des bâtisseurs, on adore créer de nouveaux produits, de nouvelles offres, essayer de comprendre ce qui peut manquer aux gens ou juste créer des produits dont on aurait rêvé.

Sur le court terme et au quotidien, il faut adorer résoudre des problèmes. Tu développes une qualité que tu n’as pas au début : la résilience. Sur le long terme, il faut aimer construire des choses, créer, que cela soit une équipe, un produit, une ambiance, une envie, un marché.

WMup. Infuser le monde de l’entreprise de culture générale, est-ce bien raisonnable ?

CD. Oui ! Tellement ! Nous n’avons pas pris cette décision seuls, ce sont les entreprises qui sont venues nous voir. Au vue des événements actuels, politiques, internationaux, le monde bouge à une telle vitesse qu’il en devient angoissant et complexe. Il doit être pensé dans sa complexité. Il s’agit donc de donner à tous un maximum de repères pour pouvoir appréhender ces nouveaux enjeux, prendre des décisions plus éclairées, comprendre les références historiques, auditives, visuelles, pour être plus à même de se sentir légitime face à tous types d’interlocuteurs.

De plus, l’idée de favoriser le bien être des gens et de participer à leur développement personnel et pas seulement au développement des boites, sont des enjeux qui résonnent beaucoup dans l’actualité.

Donc on a plus que jamais besoin de culture générale en entreprise. Ce serait trop triste de se dire qu’on arrête d’apprendre à 25 ans. Nous croyons que l’être humain est fait pour apprendre un peu chaque jour, sinon il régresse. Et la curiosité est source de performance.

WMup. Quelles sont les personnes qui t’inspirent ? As-tu un/des mentor(s), un/des role model ?

CD. J’en ai eu plusieurs, à différents moments, femmes ou hommes. Ce sont aussi bien des gens que j’ai vu une fois ou dont j’ai lu les livres, que des gens que je vois régulièrement. C’est très important.

Pour les grands role models, il y a Sheryl Sandberg, qui a écrit sur les femmes au travail et m’a permis de comprendre tellement de choses sur moi, sur l’environnement du travail.

Il y a aussi des gens bienveillants au quotidien, qui passent du temps à nous aider, qui nous aident à mettre les choses en perspective, à faire ce qu’on ne sait pas encore faire. J’ai vite pris l’habitude, dès que je rencontre quelqu’un que je trouve inspirant et qui pourrait m’être utile car il/elle a des connaissances ou des compétences que je n’ai pas, de me jeter sur lui / elle et lui demander de prendre un café. A l’inverse, nous accordons deux heures par semaine à n’importe qui pour l’aider à faire n’importe quoi, que cela soit pour de l’aide pour un business model, réfléchir sur des levées de fonds. Beaucoup d’entrepreneurs très stylés de Paris nous ont reçus une ou deux heures pour nous donner leur feedback, des connaissances, ils ont partagé des contrats, etc. L’écosystème parisien fonctionne très bien de ce point de vue. C’est un phénomène qui s’alimente.

WMup. Est-ce que tu te reconnais comme féministe, dans cette nouvelle vague qui est en train d’être créée ? Penses tu qu’il existe un management et un leadership féminins ?

CD. Oui je me reconnais beaucoup dans le féminisme. Quand des gens disent qu’il n’y a plus besoin d’être féministe aujourd’hui, cela me fait hurler. Dans le féminisme j’englobe autant Emma Watson que Sheryl Sandberg et Lena Dunham. Deux idées en particulier me marquent et que je trouve assez innovantes :

Tout d’abord, une étude d’Harvard montre qu’à CV égal, les réponses aux trois questions suivantes varient énormément en fonction de s’il porte un nom masculin ou féminin : 1. Est-ce que vous pensez que cette personne est compétente, 2. Est-ce que vous aimeriez bosser avec cette personne, 3. Est-ce que vous aimeriez partir en week end avec cette personne ? Si tout le monde trouve l’homme comme la femme très compétents, les hommes et les femmes disent vouloir bosser pour l’homme et très peu pour la femme, et enfin hommes comme femmes aimeraient partir en vacances avec l’homme et détesteraient partir avec la femme. On en tire une conclusion assez dramatique, qui est que le succès et la likability sont positivement corrélés pour l’homme et négativement pour la femme. Cela explique pourquoi beaucoup d’entrepreneurs femmes ne la ramènent pas, restent low profile. C’est une contrainte que nous avons internalisée sans même mettre de mots dessus.

Deuxièmement, le discours que tient Emma Watson, selon lequel on aura tous gagné, hommes comme femmes, dès lors que l’on autorisera les hommes à exprimer leurs sentiments, accepter leur vulnérabilité et pas systématiquement leur demander d’être dans la performance. Alors, les femmes ambitieuses, conquérantes, qui ont envie de travailler, seront acceptées car elles n’iront pas à « contre-genre ». Si l’on change les attentes envers les hommes, on pourra les changer envers les femmes.

WMup. Quelle est ta plus grande fierté à ce jour ? Quelle expérience considères-tu comme la plus impactante dans ta carrière aujourd’hui ?

CD. Au début, c’était les mails des lecteurs : les gens nous écrivaient en disant « vous êtes le petit rayon soleil qui a changé ma vie », « vous êtes ma fenêtre d’ouverture vers l’extérieur ». Je trouve très cool cette idée de fenêtre ouverte sur l’extérieur, au lieu de construire des murs, cette idée d’aérer et de laisser passer les gens et les idées.

Et maintenant, et n’importe quel manager le dira, c’est la fierté d’avoir constitué une équipe, c’est retrouver tous les matins des gens que tu as choisis, qui sont plus motivés que toi, hyper contents de faire ce qu’ils font, et de les voir évoluer, prendre confiance en eux, de leur donner des challenges très exigeants et de voir qu’ils y arrivent, qu’ils se sentent légitimes, surtout les femmes.

WMup. Pour toi, être entrepreneure c’est être engagée, cela ne répondait pas seulement à un besoin ou un manque du marché ?

CD. Mon cas est particulier, et je ne pense pas que tous les entrepreneurs soient ou doivent être engagés. Il se trouve que notre engagement a pris la forme d’une entreprise, mais nous aurions pu faire une association, peu importait que cela soit une startup ou pas, ce qui importait le plus était la conviction qu’il fallait créer ce produit pour nous et pour les autres. Dans une autre vie je me serais sûrement engagée politiquement.

WMup. En quoi l’art et entrepreneuriat se rejoignent ils ?

CD. Il y a certains éléments qui se ressemblent : partir d’une page blanche, tout créer, tout construire, se laisser influencer par les autres, avoir de l’intuition… sans doute également le fait qu’il y ait beaucoup d’échecs et peu qui percent. Mais je pense que la comparaison s’arrête là.

WMup. Coline, quelle est ta définition de l’Art ?

CD. C’est un point de vue très personnel : l’Art qui me parle est celui qui m’arrête. C’est l’idée d’aller dans un musée et de rester trois heures devant une toile sans pouvoir rien faire. C’est une émotion esthétique qui arrête tout le reste et t’emporte ailleurs, c’est une connexion qui te sort de ton quotidien, qui titille une partie en toi que tu ne connaissais pas.

WMup. Pour finir, une bouteille à la mer ?

CD. Je pense qu’il ne faut jamais opposer les femmes et les hommes. Sans mon associé, je n’aurais rien fait, Artips n’aurait jamais existé. On a toujours joué sur la complémentarité plutôt que sur l’opposition. Il faut imaginer une société dans laquelle les hommes et les femmes sont complices. Je connais plein d’hommes, de mon père à mon associé, pour lesquels c’est normal. Quand tu as la chance de choisir de qui tu t’entoures, il faut choisir ceux pour qui ceci est une évidence.

Par ailleurs, je pense qu’il ne faut pas être seule, il faut s’associer. C’est sur cela que tout tient, que les gens investissent. Se trouver un duo ou un trio fondateur, prêt à vivre les montagnes russes, qui résistera à tous les changements de cap et de stratégie.

Anne Gadel

Anne est spécialisée en affaires publiques et internationales. Born and grown Parisienne, elle étend son champ des possibles à l'international, en partant vivre en Italie et au Qatar. Passionnée de langues, le multi-culturalisme ne l'effraie pas, bien au contraire. Engagée pour promouvoir l'empowerment des femmes dans la société, elle a également à cœur de s’investir pour comprendre la place des jeunes générations dans la société et le monde de entrepreneuriat.