Stéréotypes dans les cours de récré : savoir les identifier

Stéréotypes dans les cours de récré : savoir les identifier

Stéréotypes dans les cours de récré : savoir les identifier

Consciemment ou plus souvent inconsciemment, notre pensée passe au travers du prisme des stéréotypes. Cela influe sur les orientations d’étude et plus tard sur nos choix de carrière.  Il est donc primordial de déconstruire ces préjugés. Au travers de plusieurs articles, je vous propose de comprendre un peu mieux ces phénomènes et de voir les possibilités d’action que nous avons pour faire évoluer les mentalités notamment en entreprise.


A la naissance, les filles et les garçons sont identiques mise à part au niveau des organes sexuels et de l’hypothalamus. 10% des neurones seulement sont connectés dans le cerveau d’un nouveau-né ce qui implique que le reste se formera en interaction avec le monde extérieur. C’est l’influence de la culture, de la société, de la famille et de l’éducation qui va construire la personnalité d’un individu et non son sexe biologique. La différence entre les sexes est avant tout une construction sociale.

Rose ou bleu, question de culture !

Pour illustrer cela, prenons l’exemple des couleurs rose et bleu. Si vous pensez que les filles se tournent naturellement vers le rose et que les garçons sont plus attirés par le bleu, détrompez-vous ! Au travers de l’histoire, le rose et le bleu ont été successivement représentatif de la féminité et de la masculinité. Il n’y a donc pas de préférences innées pour ces couleurs en fonction du sexe mais bel et bien une association qui est le fait de la culture et de la tradition.

Dans l’antiquité, avoir un garçon était considéré comme être béni des Dieux. C’est pour cela que la couleur bleu- couleur du ciel qui est la résidence des Dieux – leur était associée. Au moyen âge, le bleu était la couleur divine de la Vierge Marie et par conséquent celle du féminin. Le rose était quant à lui considéré comme viril à cette époque ce qui lui donne un caractère masculin. Au XVIIIème siècle, Madame de Pompadour s’entiche d’un nouveau rose créé pour elle par un peintre belge. Elle impose ce coloris partout à Versailles et notamment sur les tenues des petites filles.

De façon similaire, les enfants n’ont pas de prédisposition pour les maths ou la littérature en fonction de leur sexe. Mais alors pourquoi est-ce qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans les filières techniques par exemple ? Il n’existe pas de caractéristique intrinsèquement féminine ou masculine, pas d’essence de ce qu’est une fille ou un garçon.

Mais il existe des comportements attendus issus de la culture et de l’éducation que nous transmettons à nos enfants.

Les stéréotypes sont des mécanismes inconscients, des automatismes liés à la culture qui nous poussent à reproduire des fonctionnements parfois archaïques sans même que l’on s’en rende compte. Les filles aiment le rose, les hommes sont doués en science, les femmes sont plus sensibles, les hommes ne pleurent pas,  etc,…

Cette construction des stéréotypes commencent au plus jeune âge. Ainsi dès 6 ans (Étude américaine  de 2017 publiée par la revue Science ) un enfant est déjà conditionné au travers des jouets, des émissions de télévision ou encore des habits.

Dis-moi avec quoi tu joues …

Des années 1970 jusqu’aux années 1990, les fabricants n’avaient pas de gamme de jouet différente entre garçons et filles : une seule boite de Lego pour tous les enfants en 1975.

lego-stéréotypes

Depuis quelques années, les industriels ont constaté que la différenciation des jouets fille/garçon permettait de vendre plus. L’un des avantages par exemple étant d’obliger les parents à acheter des jouets supplémentaires au lieu de réutiliser ceux du grand frère pour la petite sœur. Les jouets sont genrés donc se transmettent moins facilement. À l’heure de la parité cette différenciation a rarement été aussi marquée, ce que regrettent certains sociologues et pédopsychiatres. Comme le raconte ci-après Stéphane CLERGET : « Les jouets ne devraient pas avoir de sexe, les enfants ont déjà un sexe. Un garçon ne devrait pas s’interdire de jouer avec un jeu sous prétexte que c’est étiqueté jeu de fille, et inversement. Des enfants s’interdisent des choses, souvent inconsciemment, et c’est dommage pour leur développement. » Ainsi en 2014 LEGO propose des boites de jouet pour chaque sexe avec des codes couleurs, des personnages et des graphismes bien différenciés.

… je te dirais qui tu vas devenir !

Peut-être allez-vous me poser la question : en quoi est-ce grave d’avoir des jouets de filles et des jouets de garçons ?  Premièrement, les jouets pour garçons sont plus complexes et permettent un apprentissage technique (exemple : Lego® Technique, jouets de construction, Meccano™,…). Cela stimule certaines capacités et leur permet d’être familiers très tôt avec les activités manuelles, techniques, etc,…

Enfants déjà ils auront moins de frein que les filles à aller vers les sciences. Petit à petit, au travers des catalogues de jouets, des publicités ou encore des livres, l’idée s’insinue dans les esprits des enfants que le bleu, le fort et le brave correspondent à l’univers des garçons. Et de la même manière que le rose, le doux et le calme correspondent au monde des filles. Les enfants vont prendre ces éléments comme des évidences et des acquis et ne jamais les remettre en question.

Les jouets « pour filles » se rapportent souvent à la sphère domestique. Naturellement elles se retrouvent à jouer à la dinette, à faire la caissière ou à s’occuper d’une poupée. Plus tard elles s’inventent des histoires avec des Barbie™  trop minces pour être réelles et trop parfaites pour être un jour atteignables. En définitive, les filles se voient reléguées à seulement trois rôles : la séduction, la maternité et les tâches domestiques. Difficile ensuite de s’autoriser à sortir de ces cases. Une petite fille a le droit de jouer aux petites voitures, mais va-t-elle oser ? Que vont en penser ses petits camarades, ses frères et sœurs ou ses parents. ? Est-ce que l’on reste une fille en jouant à des jeux de construction ? Dans le doute, elle va certainement éviter et s’auto censurer.

C’est pour cela qu’il est important de faire évoluer les mentalités. D’ailleurs, certains parents lassés de l’hyper-segmentation sexuelle des jouets, se sont mis à réclamer des jouets neutres. On voit apparaître ainsi depuis quelques années des gammes de jouets d’imitation où dinette, chariot de ménage et aspirateur sont débarrassés de la couleur rose. C’est également en partant de ces constats que les grands groupes se lancent dans la vente de poupées dites plus « réalistes ». On voit ainsi  apparaître des poupées grandes, maigres, asiatiques, afro-américaines, handicapées, avec des cicatrices,  voilées, avec de grands yeux bleus ou un appareil dentaire … Toutes ces poupées auxquelles on peut s’identifier. Egalité sexuelle, égalité raciale, intersectionnalité : ce sont tous ces thèmes qui se  jouent dès le plus jeune âge. Se préoccuper des jouets peut paraitre dérisoire mais c’est une des premières confrontations aux stéréotypes qu’un enfant rencontrera dans sa vie.

Pour en savoir plus, voir le rapport détaillant les origines de ce phénomène et listant 10 recommandations dans le but de lutter contre ces stéréotypes dans le monde du jouet. Rapport remis par Chantal Jouanno et Roland Courteau au Sénat. Rapport intitulé : « jouets : la première initiation à l’égalité »

Émission « Actuelles » de France 24 du 19 déc 2014 intitulée « jouets sexistes : le marketing des fabricants en cause »

Un grand merci à Alice Meunier pour son aide sur cet article.

Alexandra Gouet

Ingénieure dans l’aéronautique, Alexandra évolue au quotidien dans un monde d’hommes. C’est au travers de cette expérience qu’elle est amenée à réfléchir sur les sujets de mixité homme-femme. Elle exprime sa vision de l’égalité des sexes sans nier les spécificités de chacun car la diversité est avant tout une chance selon elle. Une des missions qui lui tient particulièrement à cœur est de promouvoir les femmes dans les filières techniques. Comme tous les membres de WoMen’Up, Alexandra fait partie de la génération Y. Elle s’interroge sur la meilleure façon de faire travailler les générations ensemble pour créer un monde du travail bienveillant et plus performant. Pour elle, l’intelligence collective et le 1 + 1 = 3 sont les clés du monde de demain.